Les professionnels de l’innovation vont-ils tuer l’innovation ?

Classement [ Industrie, Innovation ]

Dans cet article les auteurs considèrent que l’innovation est quelque chose de trop désordonné pour être réduit à un process et se demandent dès lors comment les grandes entreprises parviennent à innover.

En particulier ils expriment le sentiment que plus une société parle, pense et élabore des stratégies d’innovation, moins grande est l’innovation qu’elle produit. Ils attribuent ce résultat à ce qu’ils appellent « la montée des professionnels de l’innovation« . Dans leur quête d’innovation, les grandes entreprises et institutions ont mis en place de nouvelles structures organisationnelles pour maîtriser la valeur de l’innovation. Mais il semble que cela conduit à l’émergence d’une innovation plus abstraite et plus institutionnalisée. Les professionnels de l’innovation ont rarement l’entêtement ou l’attitude non conformiste qui fait le succès de l’innovation et qui serait le propre des vrais entrepreneurs.

La conviction des auteurs est qu’il faut promouvoir un véritable écosystème de l’innovation et que celui-ci pourrait être inspiré par la haute technologie, la biotechnologie et les industries du cinéma.L’exemple du cinéma illustre bien cette situation, en particulier le cas du film Le Cuirassé Potemkine dont le réalisateur, Eisenstein, n’avait que 27 ans. Pourtant certains considèrent ce film comme le meilleur à ce jour et en tout cas certainement quand il fut diffusé. Les personnes fortement créatives sont essentielles pour le développement d’innovations, et la différence entre le succès et le désastre repose largement sur la capacité à sélectionner la bonne équipe – et non pas sur des procédés. Le rôle du metteur en scène – chef d’entreprise sera in fine essentiel pour faire aboutir la démarche.

Ce propos peut être rapproché du thème de cet article de l‘Usine Nouvelle, publié la semaine dernière, « My Taylor est mort« , à propos du management. « Entre malaise, pression et désengagement, le management est à bout de souffle. Des dirigeants tentent de dépasser le modèle taylorien en misant sur la liberté individuelle« . L’article commence par une question au aussi provocatrice que celle de ce billet : « Le manager est-il un animal nuisible ?  » avant de citer les expériences d’entreprises, atypiques, qui ont radicalement modifié leur mode de management. Ainsi le patron d’une fonderie souligne « On a cru que la valeur était dans la structure. Grossière erreur, ce sont les ouvriers qui la donnent au produit final« .

Cet autre article intitulé « Entreprise : l’innovation est une qualité, pas une fonction » introduit une réflexion voisine. « La nécessité de l’innovation a pu faire croire – et cela semble à la mode en ce moment – que la création d’une direction de l’innovation, ou d’une fonction « innovation » dans les entreprises était une bonne idée« .  Mais il souligne fort justement que  les équipes de « maîtrise d’ouvrage » ne sont pas la meilleure des solutions et trouvent trop souvent leur fin en elles-mêmes.

Car finalement l’innovation est quelque chose que l’on a, ou que l’on n’a pas, une qualité. « La considérer comme une fonction, mettre en place des processus, des correspondants, un programme de promotion, un pilotage, ce sont des fausses bonnes idées. Cela permettra de montrer au monde extérieur qu’on fait quelque chose, cela permettra de récupérer plus facilement des crédits impôt-recherche… et accessoirement cela génèrera une technostructure de plus dont l’objet ne restera pas longtemps l’évolution de l’entreprise et qui se transformera bientôt en une usine de production de dossiers« .

Considérer que l’encadrement de l’innovation par des « professionnels » de la chose serait un facteur clé de succès, après avoir été éventuellement un point d’entrée pour les entreprises, c’est sans doute une fausse bonne stratégie sur laquelle une réflexion sérieuse se révélerait probablement source d’…innovation!

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9 Commentaires le “Les professionnels de l’innovation vont-ils tuer l’innovation ?”

  • 13 juin 2012 11:56

    En fait, je pense que le problème est présenté à l’envers. Ce ne sont pas les professionnels de l’innovation qui tuent l’innovation, mais la techno-burocratie qui est imposée aux innovateurs. Je m’explique : les professionnels de l’innovation n’existent que parce qu’on a besoin d’eux.

    Regardons un peu le système français de financement de l’innovation : CIR, JEI, FUI, prêt Oséo, ANR … 5 des mesures de soutien parmi les plus connues. Pour établir tous ces dossiers, qui sont tous différents (bien que sur le fond demandant les mêmes informations ou presque), il faut compter un temps fou, appeler et rappeler, envoyer des courriers à droite à gauche, … Bref! Pour les PME ce n’est pas gérable. Donc des petits malins ont décidé de se spécialiser dans l’établissement et suivi de ces dossiers pour les PME afin de leur permettre de se concentrer sur leur travail.

    Les aides se sont multipliées, les dossiers complexifiés, il faut réfléchir à quelles aides sont les plus avantageuses, à quels partenaires permettra d’avoir telle ou telle aide. Et rajoutons à cet imbroglio, un projet de normalisation de l’innovation…

    C’est tout ça qui ralentit l’innovation. C’est tout ça qui rend des professionnels indispensables. Leur rôle est de porter la lourdeur du système, de dépêtrer les fils pour rendre leur liberté d’innover aux PME.

  • 13 juin 2012 11:56

    En fait, je pense que le problème est présenté à l’envers. Ce ne sont pas les professionnels de l’innovation qui tuent l’innovation, mais la techno-burocratie qui est imposée aux innovateurs. Je m’explique : les professionnels de l’innovation n’existent que parce qu’on a besoin d’eux.

    Regardons un peu le système français de financement de l’innovation : CIR, JEI, FUI, prêt Oséo, ANR … 5 des mesures de soutien parmi les plus connues. Pour établir tous ces dossiers, qui sont tous différents (bien que sur le fond demandant les mêmes informations ou presque), il faut compter un temps fou, appeler et rappeler, envoyer des courriers à droite à gauche, … Bref! Pour les PME ce n’est pas gérable. Donc des petits malins ont décidé de se spécialiser dans l’établissement et suivi de ces dossiers pour les PME afin de leur permettre de se concentrer sur leur travail.

    Les aides se sont multipliées, les dossiers complexifiés, il faut réfléchir à quelles aides sont les plus avantageuses, à quels partenaires permettra d’avoir telle ou telle aide. Et rajoutons à cet imbroglio, un projet de normalisation de l’innovation…

    C’est tout ça qui ralentit l’innovation. C’est tout ça qui rend des professionnels indispensables. Leur rôle est de porter la lourdeur du système, de dépêtrer les fils pour rendre leur liberté d’innover aux PME.

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